Le Père Labat, aux sources du Rhum !

 

Personnage clef dans l’Histoire du Rhum, c’est au Père Révérend Jean-Baptiste Labat à qui l’on doit la modernisation de la production du Rhum dans les Antilles Françaises. Portrait d’un touche-à-tout au parcours exceptionnel.

Jean-Baptiste Labat né à Paris le 5 Septembre 1663. À 19 ans, il intègre le couvent de l’ordre des moines dominicains, rue Saint-Honoré à Paris. Après avoir prononcé ses vœux le 11 Avril 1685, il poursuit ses études au couvent avant de partir à Nancy, enseigner les mathématiques et la philosophie. Il restera en Métropole jusqu’en 1693. Le 28 Novembre de cette année-là, il embarque à La Rochelle à destination de la Martinique. Il s’apprête alors à passer 12 années dans les Caraïbes qui vont transformer sa vie. Et dans son sillage, Le Père Labat laissera une empreinte durable dans le paysage des Antilles Françaises.

Portrait du père labatPas encore parvenu à destination, le destin le met déjà à l’épreuve. Le 28 Janvier 1694, La Loire, le navire sur lequel il est embarqué, est assaillie par Le Chester, un navire de la couronne britannique ! Les Français disposent de 20 canons, les Anglais de 54… Mais La Loire et ses marins tiennent bon et mettent Le Chester en déroute ! Jean-Baptiste Labat délaisse alors le costume d’intellectuel pour revêtir celui de l’homme d’action et offre ses services pour soigner les blessés. Fraîchement débarqué, il qualifie la Martinique de « montagne affreuse, entrecoupée de précipices » même s’il apprécie la verdure qui enveloppe l’île. Très vite, son adaptabilité se révèle au grand jour. Il est élu Supérieur de la Mission et nommé vice-préfet de la Martinique. Il prend alors la tête de la paroisse du Macouba, à la pointe Nord de l’Île aux Fleurs. Puis, il fait bâtir la sucrerie de Fonds-Saint-Jacques à Sainte-Marie. Il y modernise les méthodes de raffinage du sucre.

Infatigable curieux, le Père Labat va sillonner les Caraïbes pendant plusieurs années. La Grenade, Hispaniola, La Dominique… Tour à tour botaniste, marchand, capitaine de vaisseau, ethnologue, explorateur… Il sera même guerrier puisqu’en 1703, il prépare et fortifie la Guadeloupe en vue de l’attaque imminente des britanniques, avant de prendre part aux combats en 1704. Aujourd’hui encore, il est possible de visiter la Tour du Père Labat sur la commune de Basse-Terre. Dernier vestige des fortifications érigées sous la direction de l’ecclésiastique.

Le Père Labat viendra au Rhum par des biais détournés. Il tombe malade lors de ses pérégrinations et contracte la fièvre de Malte, une maladie transmise par le bétail. Il en est sauvé en consommant une infusion de tabac vert dans de la Guildive sucrée. La Guildive, ou tafia, est l’ancêtre archaïque peu raffinée du Rhum. Elle tire son nom d’une traduction phonétique anglaise, le « Kill Devil ». Un nom évocateur qui en dit long sur la qualité douteuse de cette boisson distillée à partir de mélasse ! Intrigué, Jean-Baptiste Labat se penche alors sur les méthodes de fabrication de cette eau-de-vie de canne à sucre. Dans un premier temps, il dessine puis fait fabriquer un appareillage complexe composé de 5 chaudières pour distiller non plus de la mélasse mais du pur jus de canne à sucre. Les premiers résultats sont prometteurs mais Le Père Labat veut aller plus loin. Très vite, il fait importer de Métropole un alambic Cognaçais. Et après quelques essais : succès ! Il parvient à obtenir un distillat très aromatique et beaucoup plus raffiné que la Guildive. Ainsi naissait le premier Rhum Agricole français.

Rappelé en Europe en 1706 par sa hiérarchie, il consacra les années suivantes de sa vie à rédiger un récit exhaustif de ses aventures dans les Caraïbes : « Nouveau Voyage aux Isles Françaises de l’Amérique ». Une collection de 6 tomes richement illustrés par ses soins publiée en 1722 et qui sera traduite en Néerlandais et en Allemand. Un ouvrage très complet et d’une extrême précision qui, par certains aspects, reste encore une référence de nos jours. Jean-Baptiste Labat mourra le 6 Janvier 1738 à l’âge de 74 ans.

Outre le Rhum ou la tour qui porte son nom à la Guadeloupe, Le Père Labat a laissé des traces jusque dans le créole martiniquais puisqu’aujourd’hui le terme « pèrlaba » qualifie un esprit rusé.

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